Quand Jane Eyre rencontre Bonjour tristesse

Je sais, on ne compare pas des pommes et des poires. Loin de moi l’idée de mettre sur les plateaux d’une balance Jane Eyre et Bonjour tristesse. Je vais plutôt tenter de débroussailler pour quelles raisons le roman de Brontë m’a tant plu, alors que celui de Sagan m’a laissé de marbre, voire agacé par moment.

Je ne connais pour ainsi dire rien à la société victorienne du 19e siècle. Pourtant, cette méconnaissance ne m’a nullement empêché de tomber sous le charme de Jane Eyre. Je connais bien mal la France des années 50, mais je n’ai pas dans l’idée que de la connaître mieux m’aurait aidé à apprécier davantage le roman de Sagan.

Pourquoi j’ai cette impression que Bonjour tristesse vieillit mal, alors que Jane Eyre ne gagne aucune ride?

Tout l’enrobage autour du premier roman de Sagan a de quoi éblouir. Qu’une jeune fille de dix-huit ans publie son premier roman en 1954, loin encore de mai 68, m’impressionne. Sans cet enrobage, j’ai tendance à penser que j’aurai encore moins apprécié le roman. J’ignore dans quel contexte Brontë a rédigé Jane Eyre et, ici, je n’ai pas l’impression que de le savoir m’aurait fait davantage aimer son roman.

Faut-il avoir baigné dans une culture déterminée pour savourer à sa juste valeur sa littérature? Est-ce qu’un Québécois a plus de chance qu’un Français d’apprécier Trente arpents de Ringuet? Est-ce qu’un Français a plus de chance qu’un Québécois d’apprécier La terre de Zola? Je ne pense pas. Un Québécois et un Français peuvent tout autant tomber en amour avec Les raisins de la colère de Steinbeck?

Tout se résumerait donc à une question d’affinités, de sensibilité et d’intérêts?

Il est vrai que les jeunes orphelines m’intéressent davantage que les petites bourgeoises désinvoltes. J’ai aussi plus d’attirance pour les manoirs victoriens que pour les plages de la Côte d’Azur. Ce serait aussi simple que ça?

J’ai trouvé une froideur dans Bonjour tristesse, froideur que je n’ai pas ressenti avec Jane Eyre. Comparativement aux personnages de Brontë, ceux de Sagan me sont tous apparus antipathiques. Cécile, son père, sans parler d’Anne la hautaine: une belle gang de têtes à claques. Mais tout cela est bien subjectif… Quoique très différent l’un de l’autre, le style des deux romans m’a enchantée.

Toutes ces questions… Dis-moi, toi, tu en penses quoi?

© unsplash | Annie Spratt

11 réflexions sur “Quand Jane Eyre rencontre Bonjour tristesse

  1. Mon principal souvenir de Bonjour tristesse reste le film, probablement un peu daté aujourd’hui mais comme j’aime les films de cette période, j’en ai gardé un bon souvenir. Il faudrait que je relise le livre.
    Pendant une période, j’ai lu Jane Eyre chaque année, toujours avec le même plaisir, et je suis sûre qu’il en serait de même aujourd’hui. Pourquoi ça? Peut-être à cause de l’intensité de la personnalité de Jane Eyre, de sa détermination à penser qu’elle vaut elle aussi quelque chose. Peut-être aussi parce que Charlotte Bronte va à l’essence du personnage, et que cette essence débarrassée des conventions (de l’écriture, et de la représentation des femmes) de l’époque est encore reconnaissable aujourd’hui.
    On pourrait aussi faire une comparaison avec Jane Austen. Après tout, elle aussi est restée une auteure très lue et appréciée, alors qu’il me semble que ses personnages sont bien plus ancrés dans leur temps. Mais ils n’ont pas le même pouvoir de fascination sur moi que Jane Eyre!

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  2. Je me souviens vaguement d’avoir lu Bonjour tristesse, dans ma adolescence. Et d’avoir apprécié l’aspect fureur de vivre du personnage, mais ce roman est caractéristique justement d’ état d’esprit temporaire, ancré dans une problématique éphémère. Ce qui est très loin de Jane Eyre …

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  3. Je fais aussi partie des lectrices qui ont lu Jane Eyre sur le tard. Seulement l’année dernière. Un vrai page turner, alors que je pensais trouver ça long et prêchi-prêcha. Quels personnages et quel rythme!
    Je n’ai jamais lu Bonjour tristesse, mais j’ai lu l’adaptation en BD. Je ne sais plus de qui, mais je me rappelle de la préface de Beigbeder, très agaçante avec un commentaire gratuit sur les féministes (d’après mon souvenir). Ça m’a coupé l’envie de lire le roman, mais Sagan n’y est pour rien.

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  4. Voici mes propres expériences avec ces deux romans : J’ai découvert la littérature avec Jane Eyre que j’avais chipé dans la minuscule bibliothèque parentale un jour d’ennui et que je n’ai pas lâché. Un grand moment de lecture que je visualise encore quelques années (beaucoup) plus tard, allongée sur le parquet, le soleil parisien baignant l’édredon sur lequel je m’étais installée (tu vois c’est très présent). Et ensuite la lecture (adulte) a été ma meilleure compagne. Je viens de me le racheter pour le lire après beaucoup d’années et voir si la magie est toujours là. Pour Bonjour tristesse je l’ai lu une première fois il y a peut-être une quinzaine d’années et j’avais trouvé cela très fade et la description de cette famille bobo-riche et désoeuvrée m’avait exaspérée et je ne comprenais pas l’engouement pour ce roman. Mais, car il y a un mais, je l’ai relu très récemment et là je lui ai trouvé un charme fou. Je pense que le style est à rapprocher de l’époque, on écrivait pas au 19ème siècle comme au 20ème et l’univers de Brönté est loin de l’univers de Sagan. Certes l’écriture de Brönté est magnifique, envoutante et Sagan est plus réductrice, sèche, plaquée mais chacune je pense relate une tranche d’époque, très différente dans le contexte et la manière d’en parler….. Voilà voilà…. Au fait je viens de commander d’occasion Olive Kitteridge afin de faire sa connaissance et voir si nous allons faire un bout de chemin ensemble….. 🙂

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  5. comme tu le sais, j’adore Jane Eyre, lui quand j’étais à la fac et depuis je l’ai relu plusieurs fois (assez rare pour le noter, et j’ai envie de le relire en 2022) je n’ai jamais lu Sagan et pourtant elle est partout. J’aime bien la voir dans ses interview ou documentaires mais je n’ai jamais été tentée de la lire, pourquoi ? je me sens comme tu le sais, tellement bien dans l’Angleterre du 19ème (ou la France à la même époque), je n’ai aucune envie par contre de lire des romans sur les années 50/60 sauf si on parle de l’après-guerre .. trop proche de moi ?

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  6. J’ai lu les deux. Et je me sens moins seule parce que je n’ai pas du tout aimé « Bonjour tristesse » non plus ! Je n’ai pas trouvé les personnages sympathiques et je me suis ennuyée. J’ai bien aimé Jane Eyre par contre.

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